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lundi 31 décembre 2012

Lectures de l'année 2012, on fait le tri.


 Depuis mes 13, 14 ans, je note tous les livres que je lis, associé à la date. Je bloguais déjà au collège, sans le savoir. Ce blog ayant débuté au mois de septembre, il manque les livres des huit premiers mois. Petit retour en arrière.

Le plus gênant, ce sont les livres qu'on a lu et dont on ne garde aucun souvenir....Exemple, La Convocation d'Herta Müller. Un prix Nobel tout de même... Je fouille ma mémoire. Ouf, ça me revient, vaguement, une femme harcelée par un policier qui l'interroge, jour après jour, dans une ancienne dictature de l'est, son mari qui s'alcoolise.... Je n'ai pas ressenti beaucoup de plaisir pendant la lecture, et il me reste peu d'images.

Ce n'est pas du tout le cas avec le livre suivant, Le commencement de nulle-part d'Ursula K. Le Guin, un roman d'initiation qui se passe dans un univers parallèle. Il suffit de me souvenir du personnage principal, ce gros garçon caissier de supermarché tyrannisé par sa mère pour dérouler mentalement le fil de l'histoire et revoir le "film du roman". Tout s'est imprimé. La fille mystérieuse, le village qui dépérit, la nature menaçante, les monstres invisibles...

Lu également, la fameuse Carte et le territoire, de Michel Houellebecq. Un grand plaisir de lecture, j'ai souvent ri, j'aime la plume décapante de Houellebecq, et la manière dont il traite son personnage, le Michel Houellebecq du livre, c'est très malin.
Déception par-contre du Mathias Énard, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, trop rapide, trop elliptique, phrases trop courtes pour le sujet, Michel-Ange qui élabore un pont pour le sultan de Turquie.

Polars. Le Lehane, Moonlight Mile, ne m'a pas marqué plus que ça pour le retour de ses deux héros récurrents, un bouquin de série, comme un réalisateur qui ferait un petit film de genre pour se renflouer, on lui pardonne, car en général, il nous épate.
C'était aussi le premier Val McDermid que je lisais, Quatre garçons dans la nuit, pas mal, lu sans ennui, et sans passion.
Heureusement, Ellory avec Vendetta était là. Un vrai grand roman de genre qui brasse histoire, mafia, vrais méchants, ambiance Parrain, le FBI...Savoir qu'il y a d'autres romans du même auteur à lire est un plaisir anticipé.

Un peu de SF, le Stephen King de l'année, Dôme, le premier tome,  faudrait penser à lire la suite un jour... Génocide de Thomas Disch, très noir, très désespérant, la fin de l'espèce humaine; j'ai aimé. Ce genre d'univers imaginaire laisse une couleur particulière dans l'esprit .

J'ai beaucoup aimé lire et regarder deux livres de photos. Eugene Atget, itinéraires parisiens, de David Harris, retrace le travail de ce photographe obsessionnel, qui photographiait les quartiers de Paris. A l'époque, l'appareil était lourd, et le temps de pose assez long. Le décor urbain comme un palimpseste, en perpétuelle transformation. Un modèle pour moi qui prend sans cesse des photos, fasciné par ce pouvoir de captation du réel.
Et puis Raymond Depardon, La Terre des paysans. Même si il y a peu de texte, c'est une vraie lecture approfondie. On contemple les photos, ces visages ravinés que Depardon immortalise, ces mondes en voie de disparition dans une France oubliée. De l'émotion pure. Un auteur culte.

Je garde aussi un très bon souvenir des livres d'histoire locale. Je suis souvent le seul qui lit ce genre de bouquin. Quand je les emprunte à la médiathèque, sur la dernière page, il reste souvent les feuilles à tamponner avec date du retour , disparues avec l'avènement des codes-barre.
Melun à la belle-époque, de René-Charles Plancke, notre grand historien seine-et-marnais. Un style très vivant, agrémenté de vieilles cartes postales, aux éditions Amatteis. L'auteur voulait aussi corriger les erreurs d'un autre ouvrage qui faisait autorité. On voyage dans les rues d'une ville disparue.
Tourisme et nature au XIXè siècle de Jean-Claude Polton, une thèse devenue un livre d'histoire sur la forêt de Fontainebleau. Une mine de renseignements, une synthèse sur le passé de la forêt de Fontainebleau, bien illustrée, passionnante. J'ai pris des notes quasiment à chaque page. Et le plaisir d'assister à la conférence qu'il a donné à Bois-le-roi, en septembre, sur Claude François Denecourt.
Le massif de Fontainebleau, de Jean Loiseau, un classique des années soixante, complète le précédent. Aussi étonnant que cela paraisse, je lis ce genre de bouquin sans aucun ennui.
Pas la peine de s'étendre sur les essais et manuels, juste pour mémoire, Contes et métaphores thérapeutiques, de David Gordon, je cherchais des idées, j'ai pris pas mal de notes, mais trop spécialisé pour moi.

Le "grand roman américain" dont je craignais les 700 pages, Freedom, de Jonathan Franzen, lu avec plaisir sur  le Kindle de base. J'ai pris des notes pour le chroniquer sur ce blog, où sont-elles, mystère, ce n'est pas grave, on en a assez parlé...Lu aussi, un recueil de nouvelles de Charles d'Ambrosio, très bien, un futur classique, Le Musée des poissons morts.
LA COLÈRE de l'année,  3 jours chez ma mère, de François Weyergans. Un écrivain reçu un peu partout, sympathique, avec son air lunaire, et encensé...Prix Goncourt de la daube, ça me fout en rogne de perdre mon temps de cerveau dans des mauvais bouquins qui n'auraient même pas du être publiés, des fausses valeurs flagrantes...c'est dit.
Voilà pour ce bref bilan. Je fais le point sur ce que j'aime vraiment lire, car, à force d'éclectisme, j'ai tendance à me disperser.

dimanche 30 décembre 2012

Nos maladies de civilisation



Saisissant, c'est le mot qui vient à l'esprit quand on finit la lecture de ce hors-série de Science-et-vie nommé Maladies de civilisation.
Pourquoi ? Parce qu'il est daté de Décembre 1976, il y a 36 ans. C'était hier...
Et on savait déjà. Souvent, il faut se pincer: oui, ces articles datent du début 1977...
 On a le sentiment que tout est déjà là, tout ce que les magazines de santé nous répètent à longueur de journée, tout ce que les pouvoirs publics pointent du doigt : combien d'articles du magazine pointent les effets néfastes de la sédentarité ? Combien de fois la malbouffe est-elle dénoncée ? Sans parler évidemment du tabac ou de l'alcool.
Passage en revue des articles et sélection de textes.
-Le coût du progrès de Henri Bour, un article bien équilibré qui montre ce que l'homme contemporain a gagné et ce qu'il risque de perdre. Il cite René Passet:
«Mais la croissance poursuivie sur ces bases, parce qu'elle omet de comptabiliser les coûts de l'homme et des dégradations de l'environnement, touche aujourd'hui aux doubles limites d'un univers fini aux ressources non illimitées et d'un monde vulnérable régi par des régulations dont le maintien des mécanismes conditionne la survie des sociétés humaines. »
On dirait du Nicolas Hulot.
- En danger dès la conception ? Les connaissances médicales et la prise en charge ont certainement progressé depuis cet article qui traite du fœtus.
«Une connaissance plus précises des périls auxquels peut être exposé le fœtus permettrait d'éviter bien des catastrophes. Or la femme enceinte est encore loin dans notre pays d'être assez bien surveillée. Les programmes de prévention qui sont de leur compétence technique exigent de l'argent. Et seul l'Etat est maître des choix. Dans une démocratie des citoyens bien informés devraient pouvoir influencer les décisions gouvernementales. »
- Notre air contaminé parle des polluants atmosphériques mais aussi des méfaits du tabac. En le lisant, on se dit que c'est fou qu'il ait fallu plus de vingt ans (30 ans en fait) pour interdire le tabac dans les lieux fermés, les lieux publics...
«Chaque jour, l'individu normal mobilise, par l'intermédiaire de ses poumons, quinze kilogramme d'air, le plus souvent contaminé. Par 24 heures, le rythme de la respiration se traduit par 20 000 entrées ou sorties d'air. Rien d'étonnant à ce que l'appareil respiratoire devienne la cible de toute dégradation du milieu aérien. »
- Vieillissement et vie moderne. Il y avaient 7 millions de français de plus de 65 ans recensés au 1er janvier 1973.  Comme pour l'article sur le fœtus, on peut noter un progrès de notre société dans la prise en charge des personnes âgées.
- Pollution des eaux et santé. Heureusement, on s'en inquiétait déjà en 1976...Depuis, le contrôles des eaux s'est amélioré, le traitement aussi, mais les polluants sont toujours plus nombreux.
- Cancer et environnement.
Page 60: «Dans toutes les professions où l'amiante est utilisée, il y a risque de cancérisation: mineurs, ouvriers des chantiers navals, de l'industrie du bâtiment, dans les professions où sont manipulés des isolants thermique.» Depuis, l'amiante a été interdite, des procès et des condamnations ont eu lieu, des morts aussi. Et dans l'article, l'amiante est traitée au même niveau que d'autres substances moins " médiatiques": amines aromatiques, benzol, arsenic, chlorure de vinyle. L'auteur (Georges Rudali) dit aussi (p.67): "Il serait difficile de trouver en France cinq chercheurs techniquement compétents dans ce domaine qui a dépassé le simple cadre des laboratoires"
- Trop manger mal manger. Il pointe la malnutrition par excès, la diminution des dépenses musculaires et énergétiques, trop de sucre raffiné (le sucre ne demande qu'un travail digestif infime et son assimilation permet de retrouver très vite un bien-être détruit par la fatigue ou un choc psychologique), l'excès de lipides saturés et de viande ( Le Français est le plus gros consommateur de viande de la CEE. La plupart de nos concitoyens surévaluent leurs besoins et surestiment la place de la viande parmi les autres aliments.), l'excès de sel...
- Alcool 77  « Nous connaissons de façon précise (en France) la consommation de vin depuis 1830; le chiffre de 200 litres de vin par adulte et par an, constaté en 1950-54 est comparable à celui de 1900. En 1974: 154 litres.» Par-contre, La consommation de whisky décuple.
- Toxiques et alimentation. Antiseptiques, antibiotiques, insecticides...accidents spectaculaires chez les agriculteurs qui manipulaient les esters organophosphorés, dangers des matériaux d'emballage en plastique.
- Un malaise généralisé ? Évolution de la normalité, on appelle aujourd'hui trouble psychiatrique ce qui, il y a 30 ans, passait pour une manière d'être. L'auteur, Jacqueline Renaud, conclut, p.103:
«Absence de silence, absence d'immobilité sont autant de carences (....) mais on vit plus vieux à Paris, dans les vapeurs d'essence, qu'à la campagne! On se suicide plus à la campagne qu'en ville (...) l'anxiété vient de l'insécurité actuelle. Soit. Mais depuis l'époque des cavernes, comment pourrait-on établir une échelle de sécurité comparée de l'individu? 1977 a ses inconvénients. Ils sont différents, mais sont-ils plus sérieux que ceux de 1877? L'an 3000 aura sûrement les siens...»
- Le cœur et les vaisseaux. Dans les pays développés, deux individus sur trois meurent d'un accident cardiovasculaire ou cérébrovasculaire. Tout ce qui est dit dans l'article est encore d'actualité.
- Sommes-nous malades de la médecine ? d'Alain Castaigne, chef de clinique-assistant  des hôpitaux. Visionnaire. Avec 35 ans de recul, c'est l'article qui m'a le plus fasciné. On voudrait en citer chaque ligne.

La prescription automatique de médicaments à la fin de chaque  visite  chez le médecin sert souvent à faire écran entre le médecin et son malade; et, I'assujettissement  permanent  à une thérapeutique  d'intérêt hypothétique a l'inconvénient de transformer le sujet en malade chronique.
Les intérêts financiers de l'industrie pharmaceutique, enfin, sont loin de concorder, à court terme au moins, avec celui des malades.

- L'homme et les rayonnements. Article intéressant, pro-nucléaire, dans la tradition de Science-et-vie.
«Pour la population générale, le niveau d'irradiation associé aux activités humaines est nettement inférieur à celui résultant des sources naturelles auquel notre espèce est soumise depuis ses origines» et aussi:
 «En France, c'est par centaines, voire par  milliers, que l'on doit compter les décès par accidents du travail. L'industrie nucléaire s'est montrée de ce point de vue fort peu meurtrière depuis environ trente ans qu'elle existe. Elle n'en constitue pas moins une cible bien connue pour les défenseurs de l'environnement», illustré par un ouvrier en équilibre sur une poutrelle tandis qu'au dessus des "barbus-chevelus"manifestent...
- Les toxicomanies page 138.                  - Société et maladie mentale p.148. Pas grand-chose à dire sur ces deux articles qui sont des passages en revue des drogues et des problèmes psychiques.
Le magazine est richement illustré par des photographies qui montrent une société qui nous paraît "démodée", mais qui est toujours la notre actuellement.
Le magazine format PDF (67 MO)

lundi 24 décembre 2012

Bibliothèques, guerre et prêt

Après l'article Les bibliothécaires défendent la gratuité des prêts retrouvé dans un Monde des Livre datant de 1995, cinq ans plus tard, ce sont les auteurs qui montent au créneau. Deux camps s'opposent. L'article est signé Alain Salles (aujourd'hui correspondant du Monde en Grèce).


Bibliothèques, guerre et prêt 

Alain Salles Le Monde (avril 2000)

La lettre était enfin prête, mais il a fallu la changer au dernier moment. Elle était adressée à Catherine Trautmann, qui était en train de préparer ses valises pour laisser la place à Catherine Tasca au ministère de la culture et de la communication. Celle-ci l'a trouvée pratiquement en arrivant au ministère, mardi 28 mars. Emmenés par le Syndicat national de l'édition, la Société des gens de lettres, et la Société française des intérêts des auteurs de l'écrit (Sofia), 288 auteurs ont interpellé la ministre en estimant que les prêts sans rémunération de livres dans les bibliothèques s'apparentaient à une "contrefaçon".


La liste regroupe des écrivains de tous styles, venant principalement des éditions de Minuit, de POL, d'Albin Michel, de Grasset, de PIon ou des PUF: Pierre Assouline, Nicole Avril, Christophe Bataille, Pierre Bellemare, René Belletto, Tahar Ben Jelloun, Juliette Benzoni, Yves Berger, Philippe Bouvard, Michel Braudeau, Emmanuel Carrère, Jean-Claude Carrière, Hervé de Charette, Bernard Clavel, Christine Clerc, François de Closets, André Comte-sponville, Marie Darrieussecq, Jean Diwo, Jean Echenoz, Louis Gardel, Henri Gougaud, Hervé Hamon, Roland Jaccard, Thierry Jonquet, Pierre Lepape, Bernard-Henri Lévy, Patrick Modiano, Amélie Nothom, François Nourrissier, Plantu, Patrick Rambaud, Yasmina Reza, Michel Rio, Alain Robbe-Grillet, Denis Roche, Olivier Rolin, Jean Rouaud, Claude Simon, Robert Solé, Jean-Philippe Toussaint, Henri Troyat, Zoé Valdès, Martin Winckler, etc.


La position de ces éditeurs et auteurs ne fait pas I'unanimité. De nombreux écrivains, chez Gallimard notamment, ont refusé de signer. D'autres changent d'opinion. Régine Deforges, qui a renvoyé la lettre signée à Albin-Michel et au Cherche Midi, demande aujourd'hui qu'on n'en tienne pas compte . Jean Pierre Vernant explique qu'il est en fait hostile au prêt payant par les usagers, tandis que Ie nom d'Amélie Nothomb figure à la fois sur la pétition des auteurs et éditeurs et sur la contre-pétition lancée par la directrice du

Salon du livre de la jeunesse de Montreuil, Henriette Zoughebi, qui demande un versement forfaitaire aux auteurs, par l'Etat, au titre du droit de prêt dans les bibliothèques . Cette pétition-ci regroupe une centaine de signatures, parmi lesquelles Pierre Bergounioux, François Bon, Michel Chaillou, Marie Desplechin, Pierre Dumayet, Jacques Lacarrière, Marie Nimier, pef, Daniel Picouly, Claude Ponti, Jean Vautrin, etc. D'autres ont publiquement manifesté leur hostilité au prêt payant, comme Jean-Marie Laclavetine, Michel Onfray, Dan Franck ou Baptiste-Marrey. 


RÉVISION DE LA LOI LANG ?

De son coté, I'Association des bibliothécaires français a envoyé une lettre ouverte aux auteurs signataires, dans laquelle elle explique que: pour tous les auteurs qui confirmeraient clairement leur volonté de ne plus voir leurs livres prêtés en bibliothèque gratuitement (précisons néanmmoins que, sur tous les ouvrages acquis en bibliothèque, nous payons bien entendu des droits d'auteur attachés à l'ouvrage, comme tout acheteur, que cet ouvrage soit ou non prêté !), nous diffuseront votre décision à toutes les bibliothèques, et informerons les lecteurs de la raison de cette interdiction du prêt que nous devrions leur imposer. L'ABF estime toutefois qu'il serait dommage que les principaux acteurs de la chaîne du livre participent ainsi à sa rupture. 

Chacun campe sur ses positions, soulagé de les avoir clairement exprimées. Les regards sont tournés vers le cabinet de Catherine Tasca, qui vient de nommer un nouveau conseiller pour le livre, André Ladouce, venu du quai  d'Orsay, où il s'occupait de la francophonie. La ministre de la culture a déclaré sur LCI q'elle comprenait que les auteurs aient une certaine angoisse sur l'économie de leur profession. D'un autre coté, a précisé Catherine Tasca, mon idée de la politique culturelle, de la décentralisation, me conduit à ne pas envisager d'affaiblir ou de compromettre la politique de la lecture publique. La lecture publique, l'accès gratuit aux livres, a-telle conclu, c'est ce qui fait qu'un nombre très grand de gens s'intéressent aux livres. On ne peut pas le mettre en danger, ce serait aller contre les intérêts des éditeurs et des auteurs. 

Catherine Tasca va rencontrer les différentes parties prenantes et chercher un moyen de sortir de la crise. La direction du livre travaille depuis un certain temps à une solution qui permettrait de résoudre en même temps la question du droit de prêt et celle de du plafonnement des remises aux collectivités locales. En effet, de nombreuses bibliothèques achètent leurs livres à des grossistes qui pratiquent des rabais importants que ne peuvent suivre les libraires. La situation s'est compliqué quand la Fnac a repris l'un de ces principaux grossistes, la Société françaises du livre. Editeurs et libraires demandent une révision de la loi Lang permettant de réduire le montant de ces rabais. 

samedi 22 décembre 2012

Les égouts de Los Angeles


Les égouts de Los Angeles, de Michael Connelly. Traduit de l'anglais par Jean Esch.

455 pages d'un vrai thriller ! Rien que le titre donne envie. Titre US : The Black Echo: Comme il n'y a pas de nom pour ça, on en a inventé un. L'écho noir désignait l'obscurité, le vide humide que tu ressentais quand tu te retrouvais seul dans ces tunnels. Comme l'impression d'être mort et enterré dans le noir. Mais tu étais vivant. Et tu avais peur. Ton souffle résonnait suffisamment fort dans l'obscurité pour te trahir. Du moins, tu le croyais. C'est difficile à expliquer. C'est juste... l'écho noir. p. 365

À Los Angeles, le corps d'un toxicomane est retrouvé dans une canalisation de la ville. L'inspecteur Harry Bosch reconnaît la victime. Meadows était comme lui au Vietnam un "rat de tunnel", c'est-à-dire qu'ils nettoyaient des galeries souterraines creusées par le Vietcong. Les collègues de Bosch pensent qu'il s'agit simplement de la mort d'un toxicomane dans le cylindre étouffant des égoûts de la ville, mais certains détails attirent l'attention de l'inspecteur, et les évènements vont s'enchaîner, le FBI s'en mêler....Ce résumé montre un peu les limites du roman: on a l'impression d'avoir déjà vu ce genre de film au cinéma.
L'avantage de la littérature sur le cinéma, c'est qu'elle nous laisse notre liberté:  ralentir l'action, cette manière de vivre en temps réel des choses palpitantes et sordides, sans se salir les mains, comme ramper dans une canalisation et examiner un cadavre tandis qu'autour on ressent l'ambiance de la mégalopole californienne.

 Bosch est un enquêteur hors pair, beau portrait de flic teigneux, on imagine Sinatra ou Al Pacino dans le rôle. Le genre de flic qui se méfie quand les choses s'emboîtent trop bien, le genre de flic qui se frite avec  tous ses chefs...Sa collègue du FBI, Eleanor Wish, qui a eu accès à son dossier, campe en quelques phrases son portrait: Hiéronymus Bosch...La seule chose que vous a donné votre mère, c'est le nom d'un peintre mort il y a cinq cent ans. Mais j'imagine que tout ce que vous avez vu dans votre vie ferait ressembler les étranges visions qu'il peignait à un décor de Disneyland. Votre mère était seule. Elle a du vous abandonner. Vous avez grandi dans des familles adoptives, des foyers de jeune. Vous avez survécu, vous avez survécu au Vietnam, et vous avez survécu à la police. Jusqu'à maintenant du moins. Mais vous êtes un franc tireur qui fait un travail d'équipe. Vous avez réussi à entrer dans la brigades des cambriolages et homicides et à vous occuper des grosses affaires, mais vous êtes toujours resté un franc-tireur. Vous agissiez à votre guise, et ils ont fini par le vous le faire payer. 
Dès la page 112, Eleanor décrit Harry comme un survivant, et 200 pages plus loin, elle reste dans le sujet, quitte à en payer le prix...N'est-ce pas un peu son frère qu'elle sauve ainsi...
Autre limite du roman, son efficacité imparable, au détriment de la vraisemblance, du réalisme. Ce polar est une machine, un système où toutes les pièces du puzzle doivent s'emboîter, et on prend plein la vue.
Nous entrons de plain-pied dans l'action, en temps réel collé aux basques de l'inspecteur Harry Bosch. Nous savons ce qu'il entend, ce qu'il se demande, ce qu'il éprouve, dans un style sobre, descriptif, qui fait la part belle aux détails, aux objets réels de la vie quotidienne. Ce point de vue sur le personnage principal se décentre parfois sur des personnages adjacents comme les deux flics des affaires internes et leur chef, qui hésitent entre le lugubre et le comique, et servent de contrepoint au récit.
Si j'ai aimé? Bien sûr ! Mais je ne pourrais pas lire que ça. On a besoin, après, d'une littérature un peu plus hasardeuse, moins calibrée. N'empêche, si vous voulez un plaisir coupable de lecture, c'est ce qu'il vous faut.
J'ai fermé la dernière page, exténué par l'avalanche de révélations  qui suivent les scènes d'action dans les tunnels. Je suis sorti de là comme quand on sort d'une salle de cinéma et qu'on retrouve une réalité plus calme, les yeux papillonnent à la lumière du jour, il faut se remettre.

vendredi 21 décembre 2012

Les égouts de Los Angeles, supplément

Suite au billet sur le polar de Michael Connelly, j'ai été rechercher sur Google Maps les lieux où le roman se déroule. Voici quelques images.



Il observa, au milieu des collines, la ville en contrebas. Le ciel était couleur de poudre et le smog formait comme un linceul moulant au-dessus de Hollywood. Au loin, quelques rares tours du centre-ville parvenaient à traverser la couche de poison, mais le reste des bâtiments demeurait sous le voile opaque. On aurait dit une cité fantôme. 

Le vent chaud était chargé d'une légère odeur chimique que Bosch finit par identifier.Du mallathion. Ce matin-là, la radio avait annoncé que les hélicoptères à drosophiles avaient passé la nuit à pulvériser de l'insecticide sur toute la région de North Hollywood, jusqu'à Cahenga Pass. Il repensa à son cauchemar et à l'hélicoptère qui refusait de se poser. 

Dans son dos se trouvait l'étendue bleu-vert du réservoir de Hollywood, 220 millions de litres d'eau potable emprisonné par le vénérable barrage construit dans un canyon entre deux collines. Une bande d'argile sèche de deux mètres de large, courant sur toute la longueur de la rive, rappelait que Los Angeles subissait sa quatrième année de sécheresse. En amont du réservoir, un grillage de trois mètres de haut ceignait toute la berge. En arrivant, Bosch avait observé cette clôture en se demandant si elle servait à protéger les gens qui se trouvaient d'un coté, ou bien l'eau de retenue de l'autre coté. 
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Bosch sortit à Barham et s'engagea dans Woodrow Wilson pour monter dans les collines au-dessus de Studio City. Il habitait une petite maison en bois construite en porte à faux: une seule chambre, et à peine plus grande qu'un garage de Beverly Hills. Bâtie au bord de la colline, elle était soutenue au centre par trois pilliers en acier. Pendant les tremblements de terre, l'endroit était effrayant, qui défiait Mère Nature d'ébranler les poutres et de projeter la maison dans la pente comme une luge. Mais la récompense, c'était la vue. De la porte de derrière, Bosch voyait jusqu'à Burbank et Glendale. Il apercevait les montagnes teintées de mauve au-delà de Pasadena et d'Altadena. Parfois, il distinguait les colonnes de fumée et le flamboiement orange des feux de broussaille dans les collines. La nuit, le ronronnement de l'autoroute s'atténuait et les projecteurs d'Universal City balayaient le ciel. En contemplant la Vallée, Bosch ne manquait jamais d'éprouver un sentiment de puissance qu'il était incapable de s'expliquer. P.73

dimanche 16 décembre 2012

Les bibliothécaires défendent la gratuité des prêts (1995)

Vieux papiers
Je fais du tri dans mes vieux papiers qui prennent la poussière. En guise de numérisation, je prends une photo puis ils vont s'empiler dans la poubelle de tri sélectif. 

Redécouverte de cet article du Monde qui montre que les problématiques du droit d'auteur existaient déjà à l'époque. Tout ça ressemble tellement à ce qu'on vit avec le numérique, la copie privée, le piratage, la licence globale...


Les bibliothécaires défendent la gratuité des prêts 
Le Monde 21 avril 1995
par Catherine Bédarida
L'affaire tient en deux chiffres. Aujourd'hui, 100 millions de livres sont empruntés en une année dans les bibliothèques publiques, tandis qu'il se vend 300 millions d'ouvrages neufs. Un à trois: ce rapport est un phénomène nouveau, et il bouleverse le petit monde des professionnels du livre. Depuis 1980, les bibliothèques ont connu un essor exceptionnel. Le nombre de mètres carrés a doublé. La décentralisation, en 1986, a incité les maires à construire ou moderniser les bâtiments. Une nouvelle génération est apparue: les médiathèques, qui prêtent livres, disques, vidéos et parfois oeuvres d'art ou CD-ROM, attirent les jeunes (les moins de 35 ans représentent 82 % des inscrits à Nantes, par exemple).
Les vieilles biblis aux parquets grinçants ont souvent fait place à des architectures audacieuses. La part des Français inscrits dans une bibliothèque municipale a peu évolué (17 à 18 % selon les années). Mais le volume des prêts a explosé, passant de 59 millions en 1980 à 103 millions selon les derniers chiffres ministériels.
«Nous rendons grâces aux bibliothécaires tous les matins. Ils font un travail prodigieux en faveur des auteurs », reconnaît Paul Fournel, romancier, secrétaire général de la Société des gens de lettres (SGDL), qui regroupe quelque 13000 auteurs. «Mais, ajoute-t-il ausssitôt, le droit doit s'adapter à cette nouvelle situation. »
 Pour la SGDL comme pour une partie des éditeurs, le coup est parti: haro sur la gratuité des bibliothèques. Les auteurs doivent percevoir des droits pour leurs ouvrages prêtés, alors que stagnent les ventes de livres. «Lorsqu'un tirage est épuisé ou que le livre a été retiré des librairies, il continue fort heureusement à vivre dans les bibliothèques. C'est là que commence l'injustice à l'égard de l'auteur, affirme Paul Fournel. Bien sûr, il est heureux de savoir que ses ouvrages sont toujours lus. Il se sent néanmoins spolié de ses droits, dans la mesure où la présence d'un ouvrage en bibliothèque permet la lecture d'un texte à des milliers de personnes sans que l'auteur perçoive une rémunération. »
Éditeur de sciences humaines, un secteur économiquement fragile, François Gèze (La Découverte) plaide pour un droit payé par les emprunteurs, quand d'autres préféreraient que l'État soit le payeur: « La lecture publique et gratuite est certes un objectif sympathique et généreux, mais ses effets sont pervers. Les étudiants devraient payer de 5 à 10 F quand ils empruntent un livre en bibliothèque universitaire. »
Selon lui, la gratuité des manuels scolaires jusqu'à la fin du collège produit des générations d'enfants qui découvrent l'écrit dans des ouvrages "vieux et sales", dévalorisant le livre. Le prêt payant serait une manière de reconnaître qu'un livre est le fruit du travail d'un auteur, d'un éditeur. Sans auteur, pas de livre, répète Paul Fournel, et sans livre, pas d'éditeur, ni de libraire, de bibliothécaire, de relieur....« Pourquoi l'auteur serait-il le seul de cette chaîne à ne pas être rémunéré ?» interroge-t-il, constatant qu'entre les éditions de poche et les clubs de livres, les droits d'auteur rognés par les éditeurs et la baisse des tirages moyens, les écrivains voient leurs rémunération diminuer.
Une directive européenne de 1992 prônant le prêt payant a, un temps, réjoui ses partisans. Mais, grâce au flou de ses applications, le gouvernement français ne s'est pas senti tenu de modifier sa législation. Il n'empêche, d'aucuns, au ministère de la culture, prédisent que l'instauration d'un droit de prêt est inéluctable. Face à ces déclarations, une étude de l'Observatoire de l'économie du livre a le mérite d'introduire des éléments chiffrés . L'achat et le prêt ne sont pas des pratiques concurrents, mais plutôt complémentaires, démontrent les chercheurs. Les gros emprunteurs sont aussi de gros acheteurs. Les Français préfèrent acheter qu'emprunter. Ainsi, 40 % d'entre eux achètent des livres, sans pour autant fréquenter de bibliothèque.
Une telle étude n'a cependant pas désarmé partisans et adversaires du prêt payant, tant les débats sur la lecture constituent, en France, un sujet sensible. En première ligne du combat contre le droit de prêt viennent les bibliothécaires, presque unanimes. Une comparaison leur vient sans cesse : la lecture publique gratuite est une conquête sociale, au même titre que l'école pour tous. Attachée à ce principe, cette profession en déplore parfois les premières entorses: depuis la décentralisation, les mairies ont souvent instauré des droits d'inscription. Les Parisiens peuvent encore emprunter gratuitement dans les bibliothèques de la ville. Mais, selon l'Association des bibliothécaires français (ABF), 70 % des bibliothèques municipales exigent une cotisation annuelle, une pratique qui ne touchait que 28 % des établissements en 1978. Toutefois, les sommes restent modiques, de 30 à 100 F pour l'année, et enfants, RMistes, chômeurs en général en sont exonérés.
Malgré ces nouvelles recettes, la tendance des budgets d'acquisition alloués par les mairies est à la baisse depuis 1994. « Si l'on introduit des obstacles financiers et que l'on ne renouvelle pas suffisamment les collections, les lecteurs vont fuir les bibliothèques. Mais ils n'achèteront pas plus de livres. Ce sera une perte pour tout le monde», s'inquiète Claudine Bellayche, présidente de l'ABF.
Fierté des bibliothèques  le travail auprès des enfants, souvent mené en lien avec l'école, touche un public socialement plus divers que celui des adultes. Aujourd'hui, la moité des livres empruntés en bibliothèque le sont par des enfants. Si les défenseurs du prêt payant ont beau jeu de souligner que les usagers adultes des bibliothèques se recrutent dans les milieux privilégiés, ils s'inclinent devant le succès des opérations dans les quartiers difficiles. Sans toutefois renoncer à leurs revendications...
La plupart des éditeurs pour la jeunesse ne l'entendent pas de cette oreille. Dans l'univers de l'édition, ils se situent plutôt du coté des opposants au prêt payant, tout comme les éditeurs de livres pratiques et de manuels scolaires. « Nous travaillons depuis 25 ans pour que les enfants prennent le chemin de la bibliothèque, nous n'allons pas militer pour l'introduction d'obstacles financiers », explique Christian Bruel, auteur et éditeur (Le Sourire qui mord).
SITUATION DÉLICATE
Comme d'autres éditeurs jeunesse, il se targue de bien connaître son public, à force d'aller à sa rencontre. «Je ne suis pas sûr que mes collègues des secteurs plus menacés, comme la littérature générale ou les sciences humaines, aient cette connaissance de leur terrain», lâche-t-il aimablement...A ses yeux, l'efficacité du remède aux maux de l'édition -le prêt payant- reste à prouver.
La situation de la lecture est délicate en France, font observer les bibliothécaires. «Comme les librairies, nos établissements sont fragiles, déplore Claudine Belayche; en 1991, 18% des Français étaient inscrits en bibliothèque; l'année suivante, le pourcentage avait baissé d'un point. Rien n'est gagné. » Créer des lecteurs, donner envie de lire à un public  le plus large possible dès le plus jeune âge, répondre à ses attentes: l'enjeu semble trop complexe pour appeler des solutions-miracles.
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Villeurbanne, Arles, l'une est chère, l'autre gratuite 
La première est l'un des grands travaux de François Mitterrand. Construite à Villeurbanne en 1988, dans le fief du socialiste Charles Hernu, elle fait payer ses lecteurs. La deuxième, voulue par Jean-Pierre Camoin, actuel sénateur, maire chiraquien d'Arles, ouverte en 1989, est l'une des rares médiathèques municipales où l'inscription et le prêt de livres, disques, vidéos et oeuvres d'art soient entièrement gratuits. Toutes deux sont des symboles de la modernisation réusssie des bibliothèques publiques. Chacune d'elle bénéficie d'un lieu exceptionnel. La Maison du livre, de l'image et du son de Villeurbanne a été dessinée, depuis le bâtiment jusqu'au mobilier intérieur, par Mario Botta, architecte de la toute nouvelle cathédrale d'Évry. Le puits de lumière central ressemble d'ailleurs à une coupole, conférant un caractère presque sacré aux rayonnages de livres et aux salles de lecture. En Arles, il faut pénétrer dans le cloître de l'ancien hôpital pour accéder à la médiathèque, mariage étonnant d'une architecture de verre ultra-contemporaine avec les murs et les poutres du XVIe siècle. Les livres de sciences humaines et de technologie se trouvent dans cette salle de l'hôpital d'Arles peinte par Van Gogh, et l'on y reconnaît la porte de la chapelle et les fenêtres du célèbre tableau. 
A Villeurbanne, en plus de l'inscription annuelle (80 F pour un adulte habitant la commune), le lecteur débourse 4 F par disque emprunté ou acquitte un forfait mensuel de 60 F pour les vidéos. La bibliothèque a convaincu la mairie de rendre l'inscription  des enfants gratuite au 1er janvier 1995. « Depuis, nous enregistrons une hausse des prêts de 24 % au rayon jeunesse», se réjouit Jean-François Carrez-Corral, directeur de la médiathèque. Ouverte quarante-cinq et six jours par semaine, soit dix heures de plus que la moyenne des bibliothèques municipales dans les villes de même importance, la Maison du livre accueille un très large public: 20% de la population y est inscrite, et le volume des prêts dépasse la moyenne (6,7 prêts par habitants, contre 4,3 dans les villes de tailles comparable)/ Au hit-parade des emprunts figurent Tintin: Le Temple du soleil chez les adultes, Tom Tom et Nana pour les enfants, un disque de Jimi Hendrix, un film de Woody Allen et, à l'artothèque, une gravure  d'Alecchinsky. «Le principe d'un droit d'auteur sur les prêts ne me choque pas, affirme Jean-François Carrez-Corral. Peu importe s'il bénéficie d'abord aux best-sellers. Ce   n'est pas aux bibliothécaires de porter un jugement sur ce que les gens doivent lire. » Il préconise l'achat d'ouvrages par les bibliothèques à un prix supérieur à celui du marché. Le surcoût permettrait de rémunérer les auteurs. «Même si cela diminue un peu les acquisitions, il me semble préférable de respecter le droit de rémunération des auteurs», poursuit-il, en rupture avec l'opinion majoritaire de ses collègues. 
L'oeil tourné vers les iris du cloître de l'Espace Van Gogh, Jean-Loup Lerebours, directeur de la médiathèque d'Arles, s'enflamme. Champion de la gratuité totale, il a mis en pratique ses convictions. Avec succès: le quart des habitants de la petite ville sont inscrits, malgré des horaires malcommodes. Pour lutter efficacement contre les exclusions et l'illettrisme, il faut tout faire pour faciliter l'accès du plus grand nombre, affirme-t-il. Outre la gratuité, la médiathèque veut simplifier la vie des usagers: durée de l'emprunt portée à quatre semaines, absence de pénalités journalières de retard, présence d'une boîte à l'extérieur pour les retours en dehors des heures d'ouverture...Jean-Loup Lerebours est convaincu que les bibliothèques aident l'édition et la librairie, plutôt qu'elles ne la pénalisent. «Avant l'ouverture de la médiathèque, la littérature de jeunesse était peu présente dans les vitrines des librairies d'Arles. A présent, nous avons créé une demande en faisant découvrir ces livres et ces auteurs, et les rayons jeunesse se sont développés dans les magasins. »
La médiathèque achète ses livres et ses disques uniquement chez les libraires et les disquaires d'Arles ou de Montpellier.
En invitant des écrivains en résidence, en donnant par exemple carte blanche au poète Charles Juliet à la Maison du livre de Villeurbanne, en faisant venir régulièrement des auteurs, en les rémunérant pour ces interventions, en concluant par des ventes-signatures, les bibliothèques publique mènent déjà une politique d'aide aux auteurs, estiment les deux directeurs de médiathèque. Catherine Bédarida.
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vendredi 14 décembre 2012

Des souris dans un labyrinthe




Des souris dans un labyrinthe, de Elizabeth Pélegrin-Genel. 240 pages vite lues, fades et peu inspirées. Mais d'autres avis sur Babelio.
Ce livre propose d'apprendre à lire l'espace en analysant ses agencements car l'espace dit toujours quelque chose  Il délivre un message que l'on peut saisir en décryptant les logiques économiques, symboliques....
Le livre commence plutôt bien mais ensuite il tourne au catalogue descriptif des lieux de la modernité, un vrai passage en revue avec des analyses trop courtes qui se diluent dans la banalité du propos. On commence par la Poste, et c'est vrai que nos bureaux ont changé peu à peu de physionomie l'un après l'autre : la Poste obéit de plus en plus à une logique purement marchande: nous distraire et nous faire acheter sans y penser, augmenter le chiffre d'affaire....
Elle parle de notre société qui se pense sur quatre roues, de la mode des carrefours giratoires et les décorations propres aux villes sur le terre-plein du milieu, de l'expansion péri-urbaine et des 100 000 ha de de champs et de prairies qui disparaissent  chaque année, tous les six ans l'équivalent d'un département. A quel point nous détestons les frîches, les lieux non aménagés.
De beaux passages sur le silence des bibliothèques, page 80, les lieux liés à l'autorité, tribunaux et palais de la République. Les abords de nos villes devenus uniformes, des non-lieux aux volumes similaires, espaces dupliqués d'hypermarchés: le client est une souris et il faut disposer le plus gros morceau de gruyère...Oui, c'est vrai, j'ai remarqué qu'on avait donné des noms de rue ou de place à certains espaces commerciaux, pour conserver l'illusion de la promenade.
Puis on ira à Las Vegas, loupe grossissante de la ville moderne, Disney, les parcs à thèmes, Paris plages, les Macdos, la laideur de Bénidorm...Si ses références sont intéressantes, ce catalogue lasse. Le livre est loin d'avoir tenu sa promesse.

mardi 11 décembre 2012

Les aventures de Frédéric Exley



Le Dernier stade de la soif, de Frédérick Exley, traduit de l'anglais par Philippe Aronson et Jérôme Schmidt, 440 pages d’un livre culte, les mémoires pas si fictives que ça d’un être marginal qui retrace pour le lecteur ce long malaise qu'a été sa vie. Drôle et passionnant, même si j’ai du prendre un second souffle au cours de la lecture du livre.
Mais aujourd’hui, en revisitant de mémoire ce livre, relisant mes notes, je n’ai qu'une envie: le relire. Parce qu'au final, ce loser pathétique, avec son cerveau de pochtron, avec sa fourberie d’alcoolique, est assez intelligent pour emporter la partie.

Exley est le fils d’un héros de sa ville natale, qui mourra à 40 ans d’un cancer des poumons. Et il ne se remettra au fond jamais du poids de cette figure paternelle. Un père qui a le don d’écouter, même les marginaux, et qui aime se bagarrer en ville.

Le point central de la vie d’Exley, c’est son goût pour une équipe de football américain, les Giants de New York, son « antalgique » du week-end, « La vie pouvait recommencer. Le cauchemar de la semaine s’était dissipé. ». Il s’identifie au joueur star de l’équipe, Gifford, qu’il ne pourra s’empêcher de provoquer quand il le croisera sur le même campus. L’autre lui répondra par un sourire « avec ce sourire, il me signifia qu'il est lâche de faire porter aux autres le fardeau de sa propre douleur. »
Destins croisés…Possible aujourd’hui qu'on se souvienne davantage de Frédéric Exley que de Frank Gifford.
Le livre commence au moment où Exley croit faire une crise cardiaque alors qu'il écluse devant un match des Giants. Prétexte à revisiter les années antérieures de son existence.
Son enfance à l’ombre de ce père héros de la ville de Watertown, puis ses dérives alcooliques, la folie qui l’envahit à intervalles réguliers et ses séjours à l’asile. On pourrait croire que c’est sordide mais l’auteur s’observe d’un œil goguenard, et si le coté terrifiant de ces expériences est bien montré, la vie à l’asile, ceux qu'il côtoie, sont décrit avec un humour qui enlève de la gravité, comme si tout ça, la vie, était une bonne farce qu'on se faisait à soi-même, surtout quand on témoigne de l’incapacité de vivre comme tout le monde « Je témoignais d’un simple refus infantile et hystérique de reconnaître la validité de leur mode de vie. »
Sur sa route, il croise et magnifie des personnages originaux, l’Avocat, Studs, Oscar, son beau-frère Bumpy et surtout Mister Blue, ce vieil obsédé de la chatte, capable d’enchaîner les séries de pompes.

La plus grande force d’Exley, c’est qu'il se maltraite au plus haut point, on devine qu'il a du éliminer en écrivant toute forme de cadeau qu'il aurait pu se faire à lui-même…Et il s’offre à nous, il se donne avec sa dépouille d’alcoolique, dresse en fou furieux la liste de ses échecs pour supporter le poids des péchés du monde. Manière de réaffirmer les vertus consolatrices de la littérature. Le livre est très connu aux USA, et même étudié à l’université.

C’est aussi la rencontre avec un éditeur: Monsieur Toussaint Louverture, mise en page soignée: la couverture est en carton gris de 400 grammes imprimé en offset, puis durement foulé pour lui donner la vie. Le papier intérieur est du Lac 2000 de 80 grammes, main de 1,3.

dimanche 25 novembre 2012

L'affaire des "affaires" en bande dessinée


Bande dessinée, 400 pages étouffantes.

Retour en arrière : 2006, l'affaire Clearstream éclate. Complot au sommet de l'État. Villepin a-t-il voulu mouiller Sarkozy avec une affaire de listings truqués?
La bédé commence fort: têtes de Chirac, Villepin et Sarkozy, et un fait divers déjà jauni dans notre esprit. Et cette question: Denis Robert est-il le corbeau ?
Car le héros des deux bouquins, c'est lui. Omniprésent, dans un va et vient permanent et répétitif entre ses enquêtes et une vie de famille constamment dérangée - sa femme qui fait la gueule, sa fille délaissée.
Denis Robert est un journaliste qui, suivant l'exemple d'Albert Londres, veut mettre "la plume dans la plaie", et ne veut pas devenir "l'agent de normalisation" qu'il se sent devenir au journal Libération.

Le premier tome est l'histoire d'une prise de conscience:  quelque chose est vicié dans la chaîne économique (p.86  «Il y a environ 1000 hypermarchés en France. C'est la plus grosse concentration dans le monde. Pourquoi y en a-t-il autant? Le hasard ou les compensations financières ?»)
Les juges européens décident de s'allier et de lancer un appel au sommet européen car le manque de coopération permet l'impunité. On y voit Van Ruymbeke, 43 ans, Chantal Pacary, une ex-épouse en fin de vie qui lui livrera des informations importantes.

Le second tome est l'histoire de son enquête sur Clearstream. Un barbu pas commode, vrai personnage de roman, Ernest Backes, lui apprend comment fonctionne cette chambre de compensation. Un carton au grenier rempli de microfiches plus tard, le tournage du film Les Dissimulateurs, et une mission parlementaire se met en place avec une audition  de plusieurs mois menée par des gens qui sont aujourd'hui au gouvernement. Le PDG de Clearstream démissionne, mais Denis Robert est assailli de plaintes en diffamation qui vont lui pourrir dix ans de sa vie.
Le hold up est permanent sous nos yeux...
Les livres datent de 2009, on sait que cela s'est  bien terminé pour Denis Robert.
Un peu trop tout ça...

Ce que j' en ai pensé: sentiment très mitigé. Je suis sorti de ces livres format manga avec le sentiment de malaise que j'éprouve devant une œuvre ratée. Pourtant le dessin est bon, le texte bien écrit mais il ya une telle quantité d'informations à faire passer dans une bande dessinée qu'ils ont accouché d'un monstre hybride mal foutu. 
Point positif: on apprend beaucoup de choses, le lecteur a une vision d'ensemble des enquêtes de Denis Robert. Mission d'information réussie, mais en tant qu'objet esthétique, c'est raté. C'est dommage, parce que ça ne donne pas envie d'aller plus loin. Il aurait fallu commencer par un vrai livre de Denis Robert...

lundi 19 novembre 2012

Origines de l'architecture à Champagne-sur-Seine


Champagne-sur-Seine, Et l’usine créa la ville…(2011)
Auteur : Nicolas Pierrot
Littérature régionale et patrimoine. Moins de cent pages pour un petit guide, fruit d'un travail collectif, bien construit autour de trois parties. Richement illustré, et qui se lit sans difficulté.
Cette ville du bord de Seine, situé à une dizaine de kilomètres de chez moi, se signale par son architecture atypique par-rapport à ses voisines. Ce patrimoine industriel attire immanquablement le regard quand on traverse la ville en train, en voiture ou même quand on la surplombe de la rive d'en face, à Veneux-les-sablons.

Tout commence en 1901. Ce qui nous paraît naturel aujourd'hui, l'éclairage urbain, le fonctionnement du métro, naît à cette époque. Pour suivre le mouvement de cette industrialisation, les usines Schneider, sous la conduite de l'ingénieur Oscar Helmer, décident de s'implanter à Champagne. Atouts du village: la desserte ferroviaire, la Seine, la platitude des terrains et une main d'oeuvre plus facile à recruter qu'au Creusot, terre d'origine de la dynastie Schneider.

Paul Friesé, architecte, sait penser le dialogue entre les machines et le bâti. Il fait élever l'usine cathédrale avec sa nef haute de 23 mètres, ses hautes parois de meulières blanches et ses deux clochetons horloge et sirène. La production: commutatrice pour le métro, dynamos, etc...
Source de l'image


Guerre de 14-18, l'effort de guerre, c'est ici qu'on fabrique les gros obus. Après guerre, c'est l'alliance avec la société américaine Westinghouse (ce qui explique les lettres SW boulonnées au fronton, 280 kilos chacune) qui détient des brevets indispensables, l'arrivés d'ouvriers russes fuyant la révolution bolchevique.

C'est après la deuxième guerre mondiale, forte demande des 30 Glorieuses, que les usines de Champagne connaissent leur âge d'or. Il faut doubler en cinq ans la demande d'électricité, et équiper les centrales. Champagne nous renseigne sur les cycles de l' évolution industrielle: le stator et le rotor, convertir le courant alternatif en courant continu, les ignitrons, la soudure verre-métal, et les efforts constants de l'électronique de puissance avec les diodes au silicium, et les thyristors. Bien sur, tout ce vocabulaire relatif aux sciences dures est de l'hébreu pour moi mais ça poétise le réel en le réifiant.

Puis c'est l'alliance avec Jeumont, dans un contexte de concentration industrielle, fabrication de circuits imprimés, pompes hydrauliques, téléphonie et informatique au début des années 80. Le geek qui sommeille en moi, en voyant les images d'archives, se dit, tiens, et si nous avions eu des inventeurs géniaux, une "silicon valley" aurait pu s'installer ici...Mais au lieu de ça, les usines dépérissent peu à peu et l'usine ferme en 1994. Aujourd'hui, le site principal continue de construire des machines dans l'électro-mécanique.

La deuxième partie du livre nous parle du développement architectural de la ville autour de l'usine, sous l'impulsion d'Édouard Delaire. On crée des quartiers, avec ses maisons blocs pourvues de l’électricité, l'eau distribuée, une voirie en avance sur son époque, le tout à l'égout, la lumière dans les rues. L'accession à la propriété est encouragée, manière d'enraciner et de moraliser les populations ouvrières.

La troisième partie nous propose quelques itinéraires dans la partie industrielle de la ville, prétexte à des balades livre à la main. On apprend l'histoire du lycée La Fayette, celle de la mairie, de l'école, la maison des célibataires, les logements des cadres, les escaliers en ciment armé facilitant le lavage et évitant les incendies, les carreaux en damier, les monogrammes en ciment moulés sur le fronton des bâtiments, le stade, le vélodrome construit en 1926, long de 250 mètres, une vraie curiosité quand on découvre Champagne.

Bref, un petit guide très complet et détaillé -au juste prix: 9,50 euros- qui fourmille de termes techniques. C'est ce que j'aime dans ce genre de littérature: relier l'histoire locale à la grande histoire, pouvoir nommer les choses, connaître l'origine d'une architecture qui détonne parmi les villages du bord de Seine. Réveiller la banalité du quotidien en sentant vibrer le passé.

mercredi 14 novembre 2012

« Bien sûr, les choses tournent mal...»

Prix Landernau


Un dieu un animal, de Jérôme Ferrari.
Éditeur: Actes Sud- Publié en janvier 2009- 110 pages de vie dense. 

Un homme est rentré dans son village corse, il a retrouvé l'odeur de ses parents, l'odeur du monde mais il est revenu seul: Jean-do, son meilleur ami, est mort, et, pour le père de ce dernier, celui qui est revenu est mort avec lui. Un chien de sanglier vient lui tenir compagnie. Il se souvient de scènes de guerre, du chewing-gum offert à un enfant, et des conséquences, de l'adjudant qui l'a formé à l'armée, ses années d'adolescence avec Jean-do, et surtout de Magali. 
« Tous les fantômes immuables de ton passé sont là...» Une voix qui dit Tu, qui s'adresse à l'homme comme une voix intérieure, et on se fond en elle, on adopte son rythme et on se laisse emporter, on accompagne le personnage dans son passé.

L'autre personnage, c'est Magali, qui a reçu une lettre de ce Corse dominé par le poison de la nostalgie. Elle vit dans un monde différent. Après des études de psychologie, elle a intégré un cabinet de recrutement et a assimilé les normes de ce milieu, les règles de la réussite professionnelle, de l'épanouissement individuel, les règles visibles et les règles cachées...

Deux personnes qui n'auraient pas du se revoir...Je n'en raconte pas plus. J'ai aimé ce court roman d'une seule voix qui abuse peut-être  d'expressions un peu vagues et universelles comme "la glaise primordiale"," la multitude des êtres et des mondes", "l'étreinte du monde"," les mécanismes obscurs de l'existence"...mais on échappe aux clichés. Et il me reste des images: le parking d'une boîte de nuit, la chair triste et vomissante d'une aventure de passage, le profil impavide d'un adjudant, la bouche pleine de rires du meilleur ami, la visite d'un hôpital psychiatrique , un attentat, un vieux chien fidèle, une carabine à merles...

Il a obtenu le prix Goncourt il y a 15 jours pour le roman Le sermon sur la chute de Rome, ça raconterait l'histoire de deux vieux amis qui tiennent un bar en Corse et refont le monde, bref, ce roman nous permet de commencer à imaginer le suivant... 

dimanche 11 novembre 2012

Visions de Mandiargues


Dans un vieux cahier marron à spirale où sont notés les livres que j'ai lu, je cherche ce nom: Mandiargues. 1993...J'ai lu Sous la lame, au mois de mai, et Le musée noir, en juillet. J'en gardais un souvenir de soleil, de pierre, de minéralité, un style recherché et des images dans la tête.  J'avais très envie de retrouver le contact avec ces images, les visions de Mandiargues. Presque hanté par ces ambiances à la De Chirico ou Leonor Fini. Tout ça pour dire comment un style littéraire s'infuse en nous, et comment, peut-être, un écrivain reste...
Pas facile à trouver, en tout cas, Mandiargues. J'ai mal cherché aussi, à la lettre M, alors que c'est à la lettre P: Pieyre de Mandiargues. Cinquième étage du Gibert, boulevard St Michel, je trouve, d'occase, ces livres en bon état, un peu jaunis et pas chers. Marrant de retrouver ces vieilles habitudes d'étudiant à l'ère des liseuses. Les états de lecture coexistent.


Soleil des loups, de André Pieyre de Mandiargues (14 mars 1909-13 décembre 1991). «Contes lunaires, situés dans des lieux vagues, sous des ciels brouillés, ce sont des histoires fantastiques par excellence. Ils n'ont d'ambition ni de justification que d'être fantastiques.»
L'Archéologue. Conrad Mur, chargé de mission archéologique, nous fait entrer dans sa rêverie liquide, dans un paysage où les lézards sont figés au flanc de la pierre morte. Une plongée imaginaire où il rencontre une grande statue de femme sous la mer. Il retire de son doigt un anneau qui est le double exact de celui qu'il a offert à sa fiancée, puis le remet, croyant aux présages et aux signes. On croirait la Vénus d’Île réécrit par D'Aurevilly. 
Il se rappelle les circonstances de leur rencontre, l'hiver, la fête au village de Grouin, et une course sous la lune sur un lac gelé. Puis ce sera Naples, une femme de cire et le dépérissement de Bettina...Dès cette première nouvelle, je retrouve intact le plaisir de lire Mandiargues, poète en prose, qui compose et nous convie à ses visions comme un peintre. Phrase sinueuse qui s'enroule de mots que l'écrivain charrie comme des galets dans sa bouche. 
Clorinde, conte ramassé, où la nudité se mêle au sang, à la mort, qui m'a évoqué une peinture de rapace de Max Ernst...Lisez Clorinde (billet précédent).
Le pain rouge, ou comment visiter l'intérieur d'un morceau de pain, orifices, cavernes , labyrinthe, abeilles, jouissance....
L'Étudiante; là encore, ce qui compte, plus que l'histoire, c'est cette image qui nous reste d'une ville fantôme, d'un ange qui apparaît dans un quartier dévastée où vit une étudiante qui fait des orgies de pâtisseries et que le narrateur ne reverra plus. 
L'Opéra des falaises. Le capitaine Idalium se met à suivre une drôlesse un peu tzigane. Dans ce monde-là, tous les meurtres se paient et cet opéra est le chant d'un sacrifice humain.
La vision capitale. Le bestiaire aura eu son importance dans ses contes. Ici, ce ne sont plus les morses à longues défense du conte précédent, mais une héroïne déguisée en coq, Hester Algernon, arrivée trop en avance à une fête, devant un château aux murailles obscures. Elle sera victime d'un bête fait divers. Ou comment le stress post-traumatique devient du fantastique chez un auteur influencé par le surréaliste. 
Je continuerai à lire Mandiargues. J'en ressentirai le besoin. Avec lui, on fait provision de mots-visions qu'on pourrait recombiner à notre usage même si parfois on est étourdi par une telle densité. 

samedi 10 novembre 2012

Clorinde

Par André Pieyre de Mandiargues 
(1951)
  Tu dors comme  un bœuf. Tu t'es soûlé, hier soir encore,  et maintenant  des vapeurs de rhum font  se culbuter  les mouches autour  de l'œuf aérien qui sert  de contrepoids  à la lampe. Le matin approche : pâlit la lumière du gaz en face de la fenêtre dont tu négligeas  de tirer les volets. Sur le marbre de la commode,  à côté du lit étroit où tu gis, un globe en verre recouvre  de menus objets qui attirent le regard,  et là-dedans  je distingue trois ou quatre papillons  secs,  des phalènes avec un sphinx pointu, un morceau de bois résineux naguère mais rongé  par les larves de je ne sais quelles  bêtes,  et puis, sur un lambeau  de mousse, un petit heaume  en acier niellé de vieil or, qui n'est pas plus grand qu'un dé à coudre  et dans lequel  un armurier  reconnaîtrait  peut-être un ancien travail  allemand.
La vie, pour toi, nul doute  que ce ne soit chose  du passé;  les jours que tu traînes ne seront  pas nombreux désormais. Tu bois, puis tu dors,  roulé dans une couverture d'écurie sur ce sommier  sans draps.  Hâtivement tu saisis  un livre posé à portée de ta main, ou bien tu feins d'écrire, mais la page reste blanche,  quand frappe à la porte  la concierge  qui veille  à ton ménage, car tu crains le secret  jugement de cette femme que tu n'as  jamais entendue  prononcer le moindre mot et qui ressemble à un fagot d'épine noire.  Et puisque  bientôt tu seras  mort, je vais essayer  de noter sur ces feuilles éparses,  puisque aussi tu ne seras  jamais capable de le faire,  ce que tu m'as confié  cette nuit après que, sur ta prière, je t'eus  accompagné  chez toi, avant que tu ne te fusses emparé de cette bouteille,  vide maintenant et que I'inclination  du plancher  ramène vers moi, chaque fois que, du pied, j'essaye  de la pousser sous le tiroir inférieur du meuble de toilette.
Un jour très chaud  au début de I'automne  dernier, dans une forêt de pins où tu te promenais  avec le projet vaguement  d'y récolter des champignons - mais la saison n'en était pas encore venue - soudain  tu aperçus,  au sommet  d'un renflement du terrain, un objet qui suggérait un château  fort avec remparts, créneaux  et tourelles ainsi que l'on en voit sur les dessins de Victor Hugo. Ce n'était pourtant qu'un morceau  de bois dans un lit de belle mousse,  mais blanchi  par les pluies  de plusieurs  hivers  et percé  de galeries par les mâchoires des larves  rongeuses. Une curiosité te fit I'arracher  de la mousse, le tourner, le retourner  près de tes yeux, le secouer  et il rejetait une poussière  pareille à de la farine. Alors tu entendis à I'intérieur une sorte  de cliquetis bizarrement  métallique, et d'un trou jaillit une créature brillante  et vive, que tu pris pour un insecte, au premier  abord.  Un gros grillon, pensas-tu,  incapable d'en croire tes yeux et d'admettre immédiatement  I'existence de ce chevalier minuscule, des pieds à la tête enfermé  dans une armure à reflets d'or roux,  lequel, debout sur ce qui t'avait semblé  un pan de remparts, tira sa grande  épée, I'empoigna à deux mains,  commença des moulinets fort peu rassurants  pour tes doigts.
Tu le regardais  avec stupeur  et crainte, si bien assuré paraissait-il  et si bien capable  de trancher  jusqu'à  I'os ton pouce posé sur le bois (ou bien encore de fendre  en deux morceaux le gros  ongle, ce dont I'idée seulement est aussi douloureuse  que le fait). Un mouvement nerveux  de ta main,  devant  un coup de taille qui I'avait frôlée d'assez court,  renversa  le support; de la hauteur de ta poitrine le petit guerrier tomba jusqu'à  terre, où  il heurta  contre un caillou; tu le vis immobile.
Courbé  tout de suite (et d'un tel essor qu'il faillit te précipiter à plat ventre par-dessus lui), tu le ramassas. Il fut dans le creux  de ta main, et toi, craignant qu'il ne se fût blessé sinon tué dans sa chute, pour le secourir  tu essayas  d'ouvrir  son armure. Tes doigts,  quelque  temps malhabiles,  trouvèrent à la fin le ressort  du heaume  : visière  levée, merveille inattendue, la plus ravissante figure  de jeune fille se dessina dans le pertuis.
Alors, prenant grand  soin de ne pas égratigner  au contact du fer le visage  de la belle évanouie,  tu le retiras complètement  du casque,  tu dégrafas  la cuirasse  qui, munie d'une charnière  de poitrail,  s'ouvrait  par derrière à la façon  de certains  corsets,  et puis, la petite femme  saisie par la taille avec autant de délicatesse qu'en pouvaient mettre tes doigts,  tu I'extirpas  tout entière du reste de son armure; geste  qui, remarquas-tu par ailleurs, ne différait en rien de celui, familier,  qui fait sortir de sa carapace  la queue charnue d'une langoustine. La créature n'était plus habillée  que  d'une chemise, qui te parut d'un très fin tissu mais qui, à l'échelle du corps, était en réalité  de grosse toile, chemise  qui descendait un peu plus bas que la moitié des cuisses et qui cachait assez médiocrement les formes  arrondies d'une  gorge dorée.
La vie bientôt  revint en elle, et comme tu t'étais assis par terre pour la plus commodément examiner  ce fut un jeu pour la petite guerrière de sauter  de ta main sur ton genou, puis de là dans la mousse,  où elle essaya de fuir; mais des barbes  qui saillaient inégalement gênaient  sa course, et tu n'eus pas trop de mal à la reprendre. Elle se débattait  avec rage, secouant une chevelure  très noire et très fournie  qui s'arrêtait  aux clavicules,  donnant sur tes doigts des coups de poing, essayant  de te mordre. Pour l'obliger à quelque tranquillité, tu arrachas  deux brins de laine au bas de ton veston. L'un de ceux-là, qui est roux dans ta mémoire encore,  servit  à lier derrière son dos les poignets de la créature; le second,  d'un joli bleu, fut attaché par un bout à sa cheville et par I'autre  à un gravier  assez pesant pour désormais  rendre sot tout espoir  de fuite.
Agenouillée sur la mousse auprès  de son boulet, quoiqu'elle ne pût tendre  les mains  il te sembla qu'elle te suppliait. Cela te donna envie  de la voir toute nue  : après avoir tiré de ta poche un canif, tu la tins suspendue  en I'air, tu fendis (sans  oublier les épaulettes) par derrière et par devant et de haut en bas sa chemise  dont le vent où il voulut jeta les lambeaux,  puis tu rendis la prisonnière  à son lit de cryptogames. Elle se coucha sur le dos, ferma les yeux, adopta le comportement  résigné des femmes de la grande  espèce (ainsi dans ton jargon parlais-tu  de la tienne) quand elles savent qu'il n'est plus temps d'avoir honte ni même de feindre d'avoir honte et qu'elles abdiquent toute sorte de pudeur. Ton regard  la parcourait sans nul obstacle,  traînant sur la gorge  entrevue  plus tôt et d'une splendeur vraiment  tamoule  dans Ia coupole  et dans  le poids, mesurant la taille qu'une bague eût contenue, caressant  le beau  poli lourd  des genoux et des cuisses,  plongeant dans le triangle  obscurément  bouclé d'une toison que son lustre et sa vigueur faisaient  quasi bestiale.  Comme si ce n'était assez du regard, ton gros nez se posa sur son ventre  : ce corps exhalait un parfum assez  semblable  à celui du réséda en fleur. Que n'aurais-tu donné pour qu'il te fût permis de décroître jusqu'aux dimensions de la petite créature,  de tomber, son pareil, sur la mousse  à côté d'elle et de la prendre dans tes bras, puisque, de toute évidence, les liens dont tu l'avais chargée la mettaient à la discrétion  du premier venu, pourvu seulement qu'il fût à sa mesure  ?
Vint le moment  qu'il fallut bien donner  une issue à ton désir, si furieux qu'il te secouait  de rage impuis- sante  devant  le petit corps. Et certain  de pouvoir, dès que tu le voudrais,  retrouver  ta prisonnière, tu te jetas dans la forêt ainsi qu'un homme privé de  sens, étreignant le tronc des pins qui se renconraient devant toi, roulant au fond des fossés, déchirant  des tapis de capillaires et baisant la terre crue entre des pieds de chiendent, de plantain et de prêles; mais quand ta frénésie fut éteinte et quand, souillé de boue et de débris végétaux, tu revins vers celle que tu considérais comme tienne à l'égal d'un hérisson ou d'un lézard capturé  pendant une promenade,  elle avait disparu.
Aucun doute que I'endroit ne fût celui où tu I'avais laissée.  Le lien de laine bleue  ni le gravier n'avaient bougé du lit  de mousse. Cependant le premier était tranché  aux trois quarts  de son ancienne  longueur,  et il baignait dans une éclaboussure  de sang frais.
Pas un instant  tu ne soupçonnas  les fourmis des pins, dont quelqu'une, rapide,  non loin de là courait entre les aiguilles sèches,  puisque  nul ossement  ne paraissait  sur la mousse  et qu'il est bien connu que ces insectes décharnent  leurs grosses proies et ne ravissent  pas; mais avec une indescriptible  horreur tu pensas  au bec d'un oiseau. D'une façon  plus particulièrement  douloureuse  bourrelait ta conscience,  dardé sur le corps nu de la petite femme,  un bec de fauvette.  Pourquoi donc, me dis-tu, les charlatans  qui écrivent des contes  ou riment des chansons,  avec d'obtus naturalistes, ont-ils prodigué si légèrement  à la fauvette cette  réputation  de joliesse  et de bonne grâce  dont elle jouit aux yeux de ceux qui sont incapables de voir clair ? Son chant  n'a rien d'autant délicieux  qu'on le croit. Son nom tout seul arrive à peindre bien la maligne bête qu'elle est dans  la réalité, hors du monde  imaginaire  bâti par les poètes. En effet, me dis-tu encore, ne suffit-il pas de prononcer à haute voix ces trois mots :  « le furet, la fouine et la fauvette... »  pour apercevoir aussitôt toute la sinueuse fourberie,  tout le caractère  implacablement cruel et carnassier de cet oiseau de proie? A tes pieds, cherchant quelque  vestige de celle que tu avais  perdue, tu ramassas  le petit heaume; et roulé dans ton mouchoir où tu aurais  voulu chaude  et vivante enfermer Ia guerrière qu'il avait coiffée, tu le portas  chez toi.
Quant au reste de l'armure, où était-il tombé ? Malgré  de longs efforts à le chercher, tu ne le trouvas pas.
Et maintenant ta vie est devenue cette chose pitoyable. Ce que tout homme  vaguement  songe et désire  s'est offert à toi, dans  Ie milieu d'une belle journée d'automne, sous les pins d'une  forêt landaise,  mais tu l'as repoussé  par le délire de tes sens.  Rien ne viendra plus pour toi que la mort. En attendant qu'elle te prenne, tu te soûles  au rhum, comme  une brute, et tu dors.
 Soleil des loups.

mercredi 7 novembre 2012

Un manuel de sociologie


Nouveau manuel de sociologie (Armand Colin). 250 pages pas trop difficiles à lire.
Livre collectif dirigé par François de Singly, Christophe Giraud et Olivier Martin. Il appuie ses théories  sur l'expérience ordinaire des gens dans une situation donnée.
Il part d'un énoncé simple (J'allaite mon enfant, Je vais au musée, Je sèche les cours). Le but est de mêler plus étroitement l'enquête de terrain et les cours de théorie.
Mais d'abord, le sociologue doit avoir une trousse à outil, une méthode. Il s'agit d'éviter la position de surplomb où il sait toujours mieux que les individus eux-mêmes ce qu'ils font et les raisons pour lesquelles ils le font.
La sociologie permet de comprendre l'écart entre les normes sociales et le comportement des individus. Les individus résistent non parce qu'ils sont ignorants mais parce qu'ils ont de bonnes raisons d'agir autrement.

Le risque pour le sociologue est d'observer la scène avec ses "lunettes naturelles", produit de son histoire, de son milieu et ses préjugés, qui faussent le résultat de l'enquête. Les auteurs proposent 3 types de point de vue.
- s'attacher aux déterminants sociaux des gens (ex: comparer la réussite scolaire et l'origine sociale).
- s'attacher au monde subjectif des gens, comprendre les motivations de leurs actes, ce qu'ils ont éprouvé, comment ils rationalisent leur comportement.
- s'attacher aux processus (ex: observer la vie dans un bar)

Une question divise les écoles de sociologie: le sociologue a-t-il un point de vue scientifique, détaché, sur la réalité observée ou sa présence transforme-t-elle cette réalité, notamment parce qu'en ayant une fonction de dévoilement (ex: Bourdieu et les héritiers), il peut se mettre du coté des dominés, voire s'engager ? Les auteurs répondent-ils à cette question ? Je ne m'en souviens plus, lisez le livre...
Le sociologue se sert de variables, soit qualitatives, soit quantitatives, le sexe, l'âge, le milieu social, sont des variables incontournables, les CSP (catégories socio-professionnelles) en sont d'autres. Les variables permettent de montrer des ressemblances, les différences à l'intérieur même de ces ressemblances. Et ainsi de mesurer, de saisir, une partie de la réalité sociale.
Il a à sa disposition des techniques d'enquête (qui/quoi/comment) au choix:
- le questionnaire
- l'entretien
- l'observation 

La grille d'observation (p.49) m'a plu par son coté obsessionnel, j'ai pensé très fort à Georges Pérec, à son cahier des charges de La vie mode d'emploi, ainsi que sa Tentative d'épuisement d'un lieu parisien.
Les chapitres suivants abordent d'ailleurs le langage à utiliser pour décrire. L'enquêteur doit respecter une grammaire de l'enquête, rechercher le concret et refuser le général, adopter le passé composé, et ensuite le mêler à son discours théorique.

Mais la sociologie, à quoi ça sert ? Elle permet de comprendre comment les normes sont adoptées et adaptées par les individus. Exemple concret d'une utilité de la sociologie, comprendre pourquoi le bronzage perdure sur les plages malgré le coût sanitaire des cancers cutanés. Et comment améliorer la situation.

Le dernier chapitre de cette présentation nous propose une satire de la discipline sous la plume de François Dubet.

Les 16 cas pratiques sont répartis sur trois thèmes intitulés Perspectives du milieu social, Perspective du genre et Perspective âge et génération.
Quelques notes, pour mémoire.
-La première enquête s'intéresse à la notion de classe sociale et montre comment le refus chevillé au corps de se définir comme ouvrier signale un éclatement de la classe ouvrière.
-Le pavillon ou vivre comme tout le monde, une image négative, celle du pavillonnaire, qui se renverse, invention d'une nouvelle catégorie: les "petits-moyens". J'ai pensé à un roman méconnu de Simenon qui se passe dans un lotissement (je vais retrouver le nom...).
-L'AG. Observation de l'heure, du lieu, des gens, de leurs actes, le brouhaha léger mais constant, le rituel collectif de la manif, et le savoir faire des syndicalistes chevronnés.
-L'assisté (RMI), le sentiment d'être un parasite, le vécu de l'humiliation, l'autonomie étant devenue la norme qui s'applique à tous les individus, l'intériorisation du regard d'autrui, se voir assimiler à une partie de la société -le clochard- dans laquelle on ne se reconnaît pas, connaître les ressorts du système et avoir appris son rôle, construction d'un statut de victime ou acceptation d'un handicap.
-Allaiter. Pratique sociale et normée. Le lien entre le milieu social et l'allaitement: ce sont les femmes situées le plus haut sur l'échelle sociale qui allaitent, p.141 lien entre diplôme et allaitement, celles qui cherchent le savoir dans les livres, et celles, situées plus bas sur l'échelle sociale, qui ont plus d'expérience (familles nombreuses) et sont donc moins perméables aux normes modernes de puériculture.
-Le musée. La timidité culturelle, analyser l'engagement subjectif dans la visite. Bourdieu: je me rends au musée pour rendre visible le niveau élevé de mes ressources culturelles et pour ainsi  me distinguer de ceux et celles qui n'y vont pas. Que l'on peut transformer en -petit exercice de lucidité-  je tiens un blog sur les bouquins savants que je lis pour me la péter, pour me distinguer de ceux qui regardent Koh Lanta...
-Celle qui dit : je suis une salope. Le dominant et la violence symbolique. Renverser le stigmate. Le stigmate formule le rapport à la norme. Désamorcer l'insulte et vider le stigmate de sa substance.
-La double journée des femmes. Enquête sur les inégalités domestiques, la répartition des tâches dans le couple.
-La femme ingénieure. Intériorisation des valeurs de modestie, discrétion, d'attention aux autres qui bloquent. L'acteur dupé, l'agent stratège, l'acteur mobilisé. Le plafond de verre. Importance de la complicité forte avec la mère pour la femme ingénieure.
-Force mentale des conducteurs de bus. Le refus du je serait une des stratégies de grandissement de l'auteur (à propos de l'auteur de l'enquête, qui contrairement aux autres enquêtes dit je ). Virilité populaire et engagement dans le travail. Baisser son froc et masculinité. La force c'est l'aptitude à rester zen.
-La radio des jeunes. Style de vêtements, 241. Je commence à comprendre le pourquoi de ces pantalons bizarres, dit "baggy".
-Le jeune malpoli. Les établis, les marginaux. Le sentiment que l'incivilité augmente. Les jeunes refuseraient le statut de marginaux que les adultes entendent leur attribuer. Le sentiment global que les marginaux possèdent une capacité à construire ou à entretenir des réseaux de solidarité, de jouir d'une cohésion qui leur fait défaut.
En relisant toutes ces notes, je me rends compte qu'on peut s'identifier à beaucoup de situations, et que cela tisse une espèce de réseau qui permet de mieux comprendre la société dans laquelle on vit, et ce qu'on peut éprouver, le rôle qu'on joue parfois à l'insu de nous-même. Et je me pose la question de la place de la littérature par-rapport à la sociologie. On regarde la société d'un oeil plus lucide. Jusqu'à ce qu'on ait oublié.