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mercredi 10 octobre 2012

Errances et ellipses à Göteborg

Polar: un roman de Äke Edwarsson,  Ombre et soleil (J.C. Lattès, 2005).
C'est le premier roman de cet auteur que je lis. Traduit par Anna Gibson.  
Dès le début, j'ai beaucoup aimé, pour une raison paradoxale: il ne se passe presque rien....

On suit le commissaire Erik Winter en Espagne, au chevet de son père mourant, et, en parallèle, des policiers qui patrouillent à Göteborg. Bien qu'on soit très loin d'un thriller haletant, on ne s'ennuie pas une seconde, nous sommes dans un temps larvé et intermédiaire, servi par une écriture sobre, presque blanche. Les personnages nous sont très proches car aux prises avec leur mémoire, leur passé lointain ou récent. Notamment ce jeune homme qui va s'efforcer de se souvenir d'un meurtrier croisé dans l'escalier.

Le premier crime survient, bien après la centième page...et l'action se développe crescendo dans un mouvement quasi-nonchalant, qui contraste avec la violence suggérée (scène du crime et disposition des victimes, musique black métal, sang, violences familiales...). A force de suivre sans coupure les personnages dans les lieux différents et décrire des scènes vides où il ne se passe presque rien, on a l'impression de lire un polar expérimental.

 Comparaison avec Henning Mankell, dont il partage la même traductrice. Chez Mankell, le point de vue est centré sur un seul personnage, dont on "écoute" les pensées, le commissaire Wallander, personnalité forte et torturée, ce qui donne une vraie puissance aux romans. Chez Edwarsson, le personnage principal est Winter, plus "normal", moins solitaire que Mankell, mais il laisse exister des personnages secondaires, jeune couple, duo de policier en patrouille, auxquels des scènes sont réservées. Le polar est moins fort, plus dilué, mais aussi plus innovant.

 Ce qu'il en reste après quelques semaines. L'image rémanente que laisse sur nous une lecture motive en général de suivre ou non l'auteur. Fidèle à ma description du roman, j'ai une image blanche dans l'esprit. Ce n'est pas l'intrigue ou le crime qui m'ont impressionnés, c'est l'attention de l'auteur au quotidien, à la ville, comme si au fond le polar ne servait que de prétexte. Je relirai Edwarsson avec curiosité pour vérifier cette impression.
 Lu sur ma première liseuse, l'E 65 de Samsung, au format epub.

Post-scriptum. Le saviez-vous, le tutoiement généralisé est une institution en Suède par souci d'égalité. C'est Anna Gibson la traductrice qui l'explique dans un commentaire sur ce blog:
Mon idée, c'est qu'en respectant le tutoiement dans la traduction, on s'approche davantage de la réalité suédoise (cette spécificité des rapports sociaux, où chacun est autorisé à tutoyer tout le monde (sauf le roi, attention - mais le Premier ministre, par exemple, on le tutoie) - même si du coup, ça paraît un peu exotique en français.

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