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samedi 9 novembre 2013

Yongey Mingyour Rinpotché - Bonheur de la méditation

Bonheur de la méditation, de Yongey Mingyour Rinpotché (Livre de Poche)

Ce genre de sagesse qui nous sort de nos schémas mentaux habituels a toujours un effet apaisant.
Ce que j'ai aimé: la limpidité des explications venant d'un homme héritier d'une tradition millénaire et qui pratique depuis l'adolescence. Et qui a participé de près aux études scientifiques sur le sujet: il est capable de vous parler des zones du cerveau concernées, de la réduction de votre taux de cortisol à  l'activité accrue dans le lobe préfrontal gauche. L'auteur motive d'une manière tranquille comme un esprit souriant, en faisant tout pour que le pratiquant soit raisonnable et ne force pas.
Ce livre de 400 pages se divise en deux parties. Dans la première, Yongey Mingyour Rinpotché parle de son enfance et de son cheminement dans la spiritualité tibétaine. Il fait partie d'une famille de grand maîtres tibétains. A-t-il eu le choix de sa vie, on ne le saura pas, sans doute devons-nous éviter d'appliquer nos critères occidentaux.
Enfant, il rencontre Francisco Varela, le neurobiologiste chilien déjà croisé dans le livre de Jean-Philippe Lachaud, le Cerveau attentif. Les livres se parlent, se répondent. Francisco Varela est à l'origine du projet Mind and Life, une série de rencontres régulières réunissant des scientifiques occidentaux de premier plan et le dalaï-lama, entouré de proches conseillers, dans le but d'échanger leurs vues sur le monde et la science. Yongey Mingyour Rinpotché va accompagner les neurologistes qui cherchent à comprendre ce qui se passe dans le cerveau d'un méditant.
Mais avant,  il nous explique le cheminement du Prince Siddharta devenu le Bouddha.
En un lieu appelé Bodhgaya, il s'assit sous un arbre et plongea de plus en plus profondément à l'intérieur de son esprit, déterminé soit à trouver la réponse qu'il cherchait, soit à y laisser la vie. Au bout d'un grand nombre de jours et de nuits, il trouva enfin l'objet de sa quête: un état de conscience fondamental, immuable, indestructible et d'une envergure infinie. Lorsqu'il émergea de sa méditation profonde, il n'était plus Siddharta, il était le Bouddha, terme sanskrit qui signifie « l'Éveillé » (...)
Comme la perception profonde du Bouddha allait bien au-delà des idées ordinaires que les êtres se font d'eux-mêmes et de la nature de la réalité, il fut contraint de communiquer ce qu'il avait appris au moyen de paraboles, d'images, de métaphores. 
Yongey Mingyour Rinpotché nous raconte ses années d'apprentissage. Il a fait sa première retraite à l'âge de 13 ans et garde le souvenir de sa lutte victorieuse contre l'angoisse qui a paralysé ses premières années.
Peu à peu, je commençais à reconnaître la fragilité et le caractère éphémère des pensées et des émotions qui m'avaient perturbé pendant des années, et je compris comment, en me crispant sur de petits ennuis, je les avais transformés en problèmes énormes. Du seul fait de rester assis à observer à quelle vitesse et, sous bien des aspects, avec quel illogisme mes pensées et mes émotions allaient et venaient, je commençai à voir directement qu'elles en avaient l'air. p.52
Ensuite, Yongey Mingyour Rinpotché nous explique de la manière la plus concrète possible les concepts de la méditation bouddhiste. Le dualisme, la vacuité deviennent compréhensibles. Il parle des événements mentaux qui provoquent la souffrance. Les pensées n'ont pas de réalité en soi: ce sont de simples manifestations de l'esprit.
Quand il visite la Tour Eiffel, il est à la fois ébahi par le génie architectural et surpris qu'un tel monument soit grillagé pour éviter les suicides. Nous ne sommes même plus surpris de telles protections....
 «...j'ai commencé à comprendre que lorsque le progrès matériel, ou extérieur, est plus rapide que le progrès intérieur, les êtres semblent souffrir de problèmes émotionnels profonds, sans disposer en eux-mêmes de moyens d'y faire face. L'abondance d'objets matériels fournit une telle multiplicité de distractions extérieures que l'on perd le lien avec la vie de l'esprit. »
Il décrit trois afflictions mentales principales: l'ignorance, l'attachement et l'aversion. La méditation nous apprend à ne plus se laisser diriger par ces facteurs conditionnants.

 Dans la deuxième partie du livre, il nous décrit plusieurs sortes de méditations, les manières de pratiquer, la manière formelle, la manière informelle. Il donne un cadre, des postures physiques mais ça reste très souple.
Les idées principales:
 - L'intention de méditer est plus importante que ce que se passe dans la méditation.
- Il ne faut pas chercher à lutter contre les pensées envahissantes, juste les observer.
- Il faut s'entraîner quotidiennement.

Yongey Mingyour Rinpotché reformule constamment ses idées, d'une manière toujours plus limpide, on apprend l'essence de la méditation sans s'en rendre compte, et on se dit que les maîtres tibétains doivent agir de la même façon avec leurs élèves. On retient une façon de faire, des notions essentielles: détendre son esprit, ne pas résister aux pensées (sinon on les renforce), juste les observer. Il y a également de nombreux contes qui personnalisent la façon dont les problèmes des méditants se résolvent.

Voici quelques notes :
p. 217 Le moyen le plus efficace de méditer est de faire de son mieux sans se soucier du résultat...utiliser l'esprit pour connaître l'esprit.

p. 219 Dès que  vous observez une pensée, celle-ci s'évanouit comme un poisson qui plonge dans les eaux profondes...Aucune pensée n'est bonne ou mauvaise, c'est juste une pensée.

p.230 le calme mental: observez simplement pensées, sensations, aller et venir....Cette intention de méditer est essentielle.

p.236 Le singe qu'est notre conscience mentale.

p. 243 Observez simplement la souffrance de manière objective

p. 252 Conte du joueur de sitar: apprendre à utiliser sa propre expérience sans se soucier du résultat.

p.255 l'attention au souffle       p. 256 Mon ami le mantra

p.271 L'observation est la méditation. Si vous vous souvenez que la conscience de tout ce qui se passe est méditation, méditer devient beaucoup plus facile que vous ne le pensiez.

p. 272 Pensées liées à la jalousie, la colère, l'envie. Émotions négatives: prêter l'attention à l'émotion elle-même et non à son objet. Observez simplement cette émotion.
  (Pas facile ça...Je me suis rendu compte que les émotions pouvaient être vues, imagées, symbolisées, la colère ressemble à un feu ou à un torrent en crue, la peur ressemble à une épée de glace qui monte des entrailles ou à un vent glacial qui vous parcourt l'échine et l'envie d'un truc bien gras et salé vers minuit peut être observée et vaincue (ou plutôt oubliée) de cette manière mais pas toujours...)

p. 281 l'amour ordinaire et la compassion.
p. 284 l'image du filet d'Indra,connexions parfois mystérieuses
p. 290 Il faut d'abord s'apprécier soi-même.
p. 314 Alterner méditation avec support et méditation sans support. Des séances courtes et nombreuses.
p. 321 L'autosatisfaction renforce subtilement la pensée que vous êtes différent des autres...
p. 362 Une grande activité des ondes Gamma: le cerveau parvient à un état plus stable et plus intégré.
Pour finir, ce qui rend l'expérience de Yongey Mingyour Rinpotché à mon avis  plus intéressante que beaucoup d'autres méthodes de "développement personnel" parfois très puissantes, c'est son éthique très forte qui la place au-dessus d'un simple utilitarisme:
p.363...Il y a toujours une possibilité de mal employer les pouvoirs engendrés par la méditation du calme mental. On peut, par exemple, acquérir une plus grande stabilité et émotionnelle pour avoir davantage de pouvoir ou même pour nuire aux autres. Une fois que l'on a atteint un certain niveau d'expérience, cependant, on ne sépare pas la pratique mental de celle de la compassion. 

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