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lundi 10 février 2014

Méditer jour après jour

Méditer, jour après jour, de Christophe André. (L'iconoclaste)


Voilà. J'ai fini ce beau livre, bien écrit, aux phrases imprégnées d'un calme profond. Nourri par une connaissance du sujet de la méditation puisé aux meilleures sources. Je retrouve, simplifiées, unifiées, les connaissances sur la méditation déjà vues dans ce précédent billet.

La pleine conscience, qui est là, tout près, mais où nous n'allons jamais. Juste un pas de coté, "créer un tout petit espace pour se voir faire".
Et puis c'est une bonne piqûre de rappel. Il explique, page 251, que les rechutes du pratiquant sont la règle:
L'entraînement de l'esprit est une ascèse: derrière la simplicité de la pratique se cache la difficulté de la régularité. Et il est aussi une école de patience: il faut toujours renoncer à un effet immédiat. 
Peintures
Il procure un plaisir esthétique grâce aux peintures qui l'illustre, des chef d’œuvres choisis pour la leçon qu'elles permettent de délivrer, La chute d'Icare sur la douleur et la présence au monde, le paysage enneigé et la pie dans le soleil pour vivre l'instant présent. Certaines sont très connues, le philosophe en méditation de Rembrandt, et on les redécouvre, on apprend à les regarder. On les voit d'abord dans leur entier sur la page, puis des détails sont mis en valeur, sur un très beau papier. On en découvre d'autres, mystérieuses, comme L'escamoteur de Jérôme Bosch, le portrait de Félix Fénéon de Paul Signac, le principe du plaisir de Magritte. Il m'a donné l'envie d'aller à la rencontre de tous ces peintres, et déchiffrer le rébus, l'énigme qui se cache derrière chaque toile.

Mémorisation efficace par association d'esprit.
Chaque image ouvre une réflexion et cela a un effet positif sur notre mémoire. Nous associons l'image avec le concept de la méditation. Nous apprenons et nous nous souvenons mieux. Quand je revois la peinture, je cherche dans mon esprit à quelle idée elle est reliée, le titre m'aide, et je me souviens. Par exemple, Verre d'eau et cafetière de Chardin et « Voir l'invisible » ou « Affûter son esprit » avec le portrait de Thomas More par Hans Holbein.

Ce fut un temps de lecture apaisant, avec des phrases simples qui font du bien. Rien que pour ça...Si je pense "ma vie est triste", je peux faire un pas de coté et me dire: je suis en train de penser que ma vie est triste.
Le docteur Christophe André (un vrai doc qui a fait ses années d'internat, le dur, l'organique) parle aussi des environnements psychotoxiques:
« Il y a des pollutions chimiques: elles contaminent les aliments, l'air, l'eau. Et des pollutions psychiques, qui contaminent notre esprit, violent notre intimité, perturbent notre stabilité intérieure. Slogans, publicités et autre manipulations commerciales: il existe de nombreuses études sur ce matérialisme psychotoxique. Par exemple, des vols d'attention, de conscience et d'intériorité. Dans quel état finit notre esprit, à force de vols d'attention ? Notre attention finit par devenir "accro" au bruyant, au clinquant, au facile, au prédigéré, au prépensé. »
Au final, un livre au succès largement mérité et au prix honnête (25 euros) compte tenu de la qualité iconographique, de la maquette très soignée et la qualité du papier. Avec en plus un cd que je n'ai pas encore eu le temps d'écouter. Il comprend 10 méditations guidées au format mp3.
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Esprit chagrin. La seule petite critique que je me permets de formuler, c'est le coté parfois trop gentil de tout ça, qui m'avait déjà gêné en écoutant Christophe André dans les podcasts radio. D'ailleurs, ce n'est pas une critique, plutôt un questionnement.
Qu'en est-il de l'artiste, de l'écrivain qui va se servir de ses tourments, de sa névrose pour créer, en la sublimant. Si le tourmenté, l'état frontalier a été soigné, sa création n'existe plus. On peut prendre des cas extrêmes décrit sur ce blog, celui de Marina de Van qui fait de son addiction un objet esthétique, Bukowski qui fait de son coté "vieux dégueulasse" quelque chose de drôle explorant des pans de littérature. Et si Modiano est guéri de sa timidité maladive, est-ce qu'il s'évade dans son oeuvre de la même manière, donnant des livres que le lecteur met plus de temps à rêver qu'à lire ? Et si Céline se met à méditer et s'ouvre à la compassion, améliorant son caractère de pauvre type est-ce qu'il nous donne le génial Mort à crédit ?
 L'auteur le plus cité par Christophe André est Christian Bobin. C'est bien, Bobin, mais si vous ne lisez que ça, c'est un peu manger de la guimauve à la sauce christique. Oui, je fais mon esprit chagrin, je ne perds pas de vue que le psychiatre Christophe André doit  essayer de soulager des maladies psychiques dans son expérience clinique. Il n'a pas forcément envie de lire du Houellebecq en revenant le soir à la maison.
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Pour mémoire, liste des oeuvres reproduites: 

  • Le philosophe en méditation, de Rembrandt
  • La pie, de Claude Monet. 
  • Bannières en forme de carpes à Tokyo, de Louis Dumoulin
  • Pierrot, dit autrefois Gilles, de Watteau
  • Train dans la campagne, de Claude Monet
  • Reflection, de Peter Doig
  • La Mélancolie de Lucien Cranach l'Ancien
  • L'Escamoteur, de Jérôme Bosch
  • La Madeleine pénitente, de Georges de la Tour
  • Gas (Station service) de Edward Hopper
  • Verre d'eau et cafetière, de Jean-Baptiste Chardin
  • Portrait de Félix Fénéon, de Paul Signac
  • Les raboteurs de parquet, de Gustave Caillebotte
  • Thomas More, de Hans Holbein le Jeune
  • La Vierge de l'Annonciation, de Antonello da Messina
  • L'homme à sa fenêtre, de Samuel Van Hougstratten
  • L'Espérance, de Pierre Puvis de Chavannes
  • La chute d'Icare, de Pieter Breughel l'ancien
  • Christina's world, d'Andrew Wyeth
  • Le Christ aux outrages, de Fra Angelico
  • Approach to Venice, de Turner
  • Saint Jérôme dans son cabinet de travail, de Antonello da Messina
  • Le voyageur au-dessus de la mer de nuages, de Caspar David Friedrich
  • Siméon au temple de Rembrandt
  • Le principe du plaisir, de René Magritte
  • Champs de blanchiment dans la campagne, près de Haarlem, de Jacob Van Ruysdael.



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